«l’Ukraine n’est pas uniquement un grenier à blé!»

L’écriture, comme la plupart des processus de création, est le résultat d’un long parcours. Celui qui aboutit aujourd’hui à cet article a commencé il y a six ans.
Déjà 10 ans que la toile est pour moi un lieu de partage et d’échange, c’est par ce vecteur qu’en juin 2013, je reçois un message: «Hi Jc, welcome my CD» Le correspondant «Myroslav» me propose de me l’envoyer dédicacé. Je ne réponds pas à ce mail qui me semble publicitaire.
L’été dernier, pendant le concert du quartet Hudson, composé de Jack DeJohnette, John Scofield, John Medeski et Scott Colley au Marseille Jazz Festival des Cinq Continents dans le théâtre Silvain, je reçois un nouveau message de Myroslav, m’informant de la sortie de deux nouveaux albums In Piano et Elegant Dualism.
Il projette de venir les présenter en France et espère que nous allons pouvoir travailler ensemble.
Je lui explique que j’écris sur la musique et suis intéressé par son univers artistique, il m’envoie aussitôt sept albums.
A ma question «Do you speak french ?» il me répond «No sorry russian ?, ukrain ?» il est peut-être important de signaler que ces deux langues sont pour moi bien étrangères !
Mais si ce type d’handicap arrêtait les projets, l’homo sapiens serait toujours locataire de grottes et habillé de peaux de bêtes.
Nous tombons rapidement d’accord, j’écrirai mon article en français et en anglais, et lui, le traduira en russe et en ukrainien.
On pourrait croire que c’est fini, et bien NON ! ça commence à peine !
Même si depuis la création du Marseille Jazz Festival des Cinq Continents, je suis un fidèle festivalier, je n’ai pas eu l’opportunité d’y voir des musiciens de son pays.
Le pianiste me confirme qu’en France, nous ne connaissons pas les artistes ukrainiens et pourtant d’après ses dires, les perspectives y sont multiples et intéressantes.
Si cet article peut contribuer à faire connaitre la scène ukrainienne au public de l’hexagone, Myroslav Levytsky et moi-même aurons réussi notre pari.
Notre musicien est né à Chernivtsi en Ukraine, pays 1,1 fois plus grand que la France, divisé en vingt-quatre oblasts (régions) avec une côte avec la mer noire et la mer d’Azov.
Mes souvenirs de lycée me rappellent que l’Ukraine est le réservoir de blé de l’Europe, grâce à un sol, le fameux « Tchernoziom », terres noires et très fertiles.
Ma mémoire me dit aussi que son histoire est dense, avec des noms qui m’ont fait rêver, comme Vladimir le Grand, mais aussi Iaroslav le Sage qui a fait construire à Kiev la cathédrale Sainte Sophie, monument classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
C’est dans cette ville que Myroslav Levytsky a enregistré en 2017 son album In Piano, un opus de dix-sept pistes, toutes empreintes de sensibilité. Il me confie avoir travaillé avec différents compositeurs, producteurs, ingénieurs du son de divers pays (Pologne, États-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Brésil). L’album est sorti en 2017 sur le label Advice music (Italie).
Ce CD prouve que le pianiste exprime sa musique dans divers styles, le dernier morceau « The Heart That Loves (Alan Flexa Remix) » est de musique actuelle alors que les autres pistes restent plus dans un style romantique classique.
L’album Elegant Dualism (sorti en 2014) est un duo avec le guitariste Rens Newland. Dans le morceau « European Peace »,la guitare est magnifiée. Le désir de paix est présent dans l’oeuvre du pianiste qui a beaucoup souffert pendant la guerre de la crise ukrainienne en 2013 et 2014.
Cet un homme aux nombreuses facettes, professeur de musique ,pianiste, compositeur, producteur et leader du groupe de jazz-rock ukrainien Braty Bluzu s’est « inspiré par de nombreux musiciens comme Mozart, Beethoven, Bach, Rachmaninov, Sting, Peter Gabriel, Keith Jarrett, Oscar Peterson, Dave Grusin, Enio Morricone, ABBA, Tchaïkovski, Herbie Hancock, Schubert, Schumann, Garbarek. J’aime les musiciens qui vous ont frappé dans le cœur ».
On a cependant envie de lui poser la question « Mais quand dors-tu ? » en écho à son album The City That Never Sleeps sorti en 2011, « I sleep a little » « je dors peu ».
Pas besoin d’aller plus loin, c’est sûr, Myroslav Levytsky est un grand musicien éclectique qui touche le cœur.
Mais il va falloir changer les cours d’histoire-géographie de nos lycées car, « l’Ukraine n’est pas uniquement un grenier à blé ! ».
Jean-Constantin Colletto.