« Un Dimanche à Monaco » entre instinct brut et intelligence du détail.
Il y a des groupes qui peaufinent leur son. Et puis il y a Tako Toki, qui le fabriquent littéralement.
Dès les premières plages, une évidence s’impose : leur “lutherie de survie” a franchi un cap.
Le son est plus précis, plus sculpté, sans rien perdre de sa rugosité. Ça cliquette, ça grince, ça pulse — et pourtant, tout tient.
Le trio joue avec les formes comme on démonte un jouet pour mieux le reconstruire.
Une danse balkanique surgit, mais bancale, presque ivre. Une samba apparaît, aussitôt tordue, désaxée. Un afrobeat de chambre se glisse entre deux respirations.
Et puis ces clins d’œil “extrêmement asiatiques”, comme des mirages sonores.
On reconnaît sans reconnaître. On perd ses repères — et c’est précisément là que ça devient jubilatoire
Ce qui frappe, au-delà de l’énergie, c’est l’intelligence du geste.
Tako Toki ne pastiche pas les genres : ils les traversent, les frottent, les déforment.
Leur musique n’imite rien.Elle recycle, au sens noble.
Dans un monde saturé d’objets et de sons, ils font du rebut une matière première poétique. Une sorte d’archéologie du présent, où chaque bruit porte encore la trace de sa vie passée.
Et puis il y a cette dimension presque rituelle.
Les paniers sur la tête, les costumes bricolés, les gestes répétitifs : tout concourt à créer une forme de transe, à mi-chemin entre performance dadaïste et cérémonie païenne.
L’art de faire feu de tout bois
Avec Un dimanche à Monaco, Tako Toki confirme qu’il ne joue pas seulement de la musique : il propose une manière d’être au monde.
Faire avec ce qu’il reste.
Transformer le déchet en rythme.
Trouver, dans le bricolage, une forme de liberté.
C’est brut, c’est inventif, c’est parfois déroutant — mais c’est surtout vivant.
Et au fond, c’est peut-être ça, le vrai luxe moderne :
savoir encore fabriquer du sens avec presque rien.
Etienne de la Sayette, Nicolas Brémaud, Aurèle Gerin :
Tassofons, tilofons, tubofons, groleshakes, bindrums, kitchenofon, gros bassofon,
clarinuts, plastokflutes, orgabush, klarbass, didjerimou, chékeurs, ozufon, bambloks,
voix…
Compositions : Tako Toki
Fabrication des instruments : Tako Toki
Enregistré mixé et masterisé par Nicolas Brémaud au studio Duduc.
Enregistrements additionnels Etienne de la Sayette/Studio Muju.
Photo : Ji-Yun.
Art work : 2toon
Production : Muju Records © 2026
Contact
takotoki @ gmail.com
